La refacturation de l’électricité est une source de litiges fréquente entre propriétaires et locataires. Si vous souhaitez simplifier la gestion de votre bien ou éviter les impayés d’abonnement, la tentation de conserver le contrat à votre nom et de demander le remboursement des consommations est forte. Pourtant, la législation française encadre cette pratique de manière stricte, rendant la refacturation au réel quasiment impossible dans la majorité des baux d’habitation. Comprendre les nuances entre charges récupérables, forfait et rétrocession est nécessaire pour sécuriser votre investissement.
Le cadre légal : pourquoi vous ne pouvez pas refacturer l’électricité au réel
Pour savoir comment gérer l’électricité, il faut d’abord identifier ce que la loi autorise. Le principe fondamental est le libre choix du fournisseur d’énergie par le locataire, inscrit à l’article L331-1 du Code de l’énergie. Ce droit interdit au propriétaire de s’interposer entre le distributeur et l’occupant.

Le décret de 1987 et la liste des charges
La liste des charges qu’un propriétaire peut récupérer auprès de son locataire est fixée par le décret n°87-713 du 26 août 1987. Ce texte est exhaustif : tout ce qui n’y figure pas ne peut pas être facturé comme charge récupérable. Si l’électricité des parties communes (ascenseur, éclairage du hall) y est mentionnée, l’électricité consommée à l’intérieur du logement (usage privatif) en est absente.
L’interdiction de la rétrocession d’énergie
La rétrocession consiste, pour un abonné, à revendre de l’électricité à un tiers. Sauf autorisation écrite du concessionnaire (comme Enedis) ou du fournisseur, cette pratique est interdite. En conservant l’abonnement à votre nom et en demandant au locataire de vous rembourser sa consommation précise via un sous-compteur, vous vous exposez à une rupture de votre contrat de fourniture et à des sanctions civiles.
Les deux solutions légales pour gérer l’électricité
Face à l’interdiction de refacturer au réel, deux options s’offrent aux bailleurs selon le type de contrat de location.
L’abonnement au nom du locataire
C’est la méthode standard pour les locations nues. Le locataire souscrit son propre contrat auprès du fournisseur de son choix. Le propriétaire n’intervient pas dans la facturation. C’est la solution la plus sécurisée : aucun risque de litige sur le montant des consommations, aucune gestion administrative pour le bailleur, et le locataire est seul responsable de ses impayés.
Le forfait de charges en location meublée
Pour une location meublée ou un bail mobilité, la loi autorise le recours au forfait de charges. Contrairement à la provision sur charges, le forfait est une somme fixe versée chaque mois. Le propriétaire peut conserver l’abonnement à son nom et intégrer une estimation du coût de l’électricité dans ce montant. Le montant doit être proportionné et ne peut pas être révisé en fonction de la consommation réelle du locataire.
| Type de location | Méthode autorisée | Régularisation |
|---|---|---|
| Location vide (nue) | Abonnement locataire | Non |
| Location meublée | Forfait ou abonnement locataire | Non (si forfait) |
| Location courte durée | Inclus dans le prix | Non |
| Colocation (bail unique) | Forfait ou abonnement commun | Selon le contrat |
Le risque du dimensionnement thermique
Lorsqu’un propriétaire opte pour le forfait en meublé, il doit éviter l’arbitrage financier défavorable. Si le forfait est trop bas, le bailleur perd de l’argent ; s’il est trop haut, il peut être jugé abusif. Un logement mal isolé réagit comme un soufflet : il se vide de sa chaleur dès que le chauffage s’arrête, forçant le locataire à surconsommer. Si vous ne prenez pas en compte cette performance thermique lors du calcul, vos marges s’évaporent. Un logement performant stabilise la consommation, rendant le forfait prévisible et équitable.
Cas particuliers et situations complexes
Certains biens imposent des contraintes techniques qui obligent à adapter la stratégie de facturation.
La location saisonnière
En location de vacances, l’électricité est généralement incluse dans le prix de la nuitée. La rétrocession est tolérée car elle fait partie d’une prestation de service globale. Le propriétaire ne détaille pas le kilowattheure consommé sur la facture, mais propose un prix tout compris. Certains propriétaires installent des systèmes de coupure automatique pour éviter les abus, comme la climatisation utilisée fenêtres ouvertes.
La colocation
En colocation, la gestion varie selon le bail. Avec un bail unique, les colocataires sont solidaires et l’un d’eux prend l’abonnement à son nom. Avec des baux multiples (à la chambre), l’installation de plusieurs compteurs Linky étant souvent impossible, le bailleur utilise le système du forfait par chambre pour simplifier la gestion.
Comment rédiger la clause électricité dans le bail
La rédaction du contrat est déterminante. Une clause mal formulée peut entraîner la nullité de la demande de remboursement.
Préciser la nature des charges
Si vous optez pour le forfait en meublé, le bail doit mentionner explicitement que le forfait couvre l’électricité privative. La mention doit être claire : « Le montant du forfait de charges inclut l’abonnement et la consommation d’électricité du logement. »
Éviter la régularisation déguisée
Une erreur fréquente consiste à prévoir un forfait avec une régularisation en fin d’année si la consommation dépasse un seuil. Cette clause est illégale. Un forfait est par définition non régularisable. Si vous souhaitez répercuter le coût exact, le locataire doit souscrire son propre abonnement.
Les risques en cas de facturation illicite
Si un propriétaire facture l’électricité au réel dans une location vide, le locataire peut demander le remboursement intégral des sommes versées sur les trois dernières années. La justice considère que le locataire a été privé de son droit de choisir un fournisseur moins cher. Le bailleur s’expose également à des dommages et intérêts pour pratique commerciale trompeuse.
Transparence et prévention des litiges
La gestion de l’énergie repose sur la confiance. Pour maintenir de bonnes relations, la transparence est essentielle.
L’usage des sous-compteurs
L’installation d’un sous-compteur est autorisée pour information, mais elle ne peut pas servir de base légale à une facturation au réel dans un bail d’habitation classique. Son utilité est de permettre au locataire de suivre sa consommation ou de répartir les frais entre colocataires. L’utiliser pour facturer expose le bailleur au risque de rétrocession illégale.
Investir dans l’efficacité énergétique
Plutôt que de chercher à facturer au plus juste, il est plus rentable d’investir dans des équipements économes comme des ampoules LED ou des radiateurs à inertie. Un locataire qui voit ses factures d’électricité exploser est un locataire qui risque de quitter le logement ou de rencontrer des difficultés de paiement. Un accompagnement pédagogique lors de l’état des lieux sur le fonctionnement du chauffage est une stratégie de prévention efficace.